Brindille dans la neige
Journal intime / Maternité

La femme à cicatrices

Je m’appelle Jeanne.
Mon corps accueille un petit – tu peux aussi dire que je suis enceinte ou que j’attends un bébé.
Je ne sais pas d’où sort le mot « bébé », mais je le trouve réducteur pour cet être qui sera déjà si complexe, curieux, intelligent, conscient. Je préfère donc dire : un petit…ou une petite…surprise !
Et je l’accueille, je suis dans l’accueil, avec toutes les sensations que je découvre et qui vont avec. C’est une première pour moi – « grossesse ». Comme si ce passage se résumait à grossir…eh bien non !

Revenons au départ – ou plutôt, au cheminement par lequel j’en suis arrivée à accueillir un petit.

J’ai 15 ans, et je vais mourir.
Enfin non, pas tout de suite, mais peut-être : j’en ai accepté l’idée.
Ce jour-là, je suis opérée en urgence d’une péritonite ; j’ai inspiré le gaz anesthésiant, et me suis réveillée en salle de réveil avec des pansements. Je m’en tire avec 4 cicatrices.
2 pour une opération de l’appendicite que le chirurgien pensait faire, une pour le drain qui finira d’évacuer, et une grande cicatrice du pubis au dessus du nombril.

La médecine occidentale ne pense pas à assurer un soutien psychologique : ben oui, c’est un plaisir de se faire découper, retirer un morceau, nettoyer et finir avec des traces d’agrafes !

Bref.

Toujours est-il que, si je grossis de quelques kilos, ça tire sur la cicatrice…et là, me vient la pensée que je ne pourrai probablement pas avoir d’enfant.

Je suis restée avec cette croyance, cette peur, ce doute, pendant une bonne douzaine d’années, avant d’oser enfin questionner un thérapeute, et lever le doute : si, je pourrai porter un petit.

J’en profite pour lancer un clin d’œil à 2 femmes que j’ai croisées dans ma vie, qui, ayant subi la même opération, n’ont jamais accueilli d’enfant.
Et à toutes les autres, à qui on a fendu le ventre.
Amitié et courage.

J'ai des fuites...

27 octobre 2025